Souvenirs d'un sexagénaire, Tome III, page 139 by Antoine Vincent Arnault
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enais ainsi sans fatigue un bain qui acheva de me délasser. Un marinier cependant me retenait par la ceinture de mon pantalon, et bien m'en prit, car je m'endormis si profondément dans cette attitude, que sans lui je serais infailliblement tombé dans les flots où se noya l'altière Agrippine. Or, je ne nageais pas même comme elle. Je fus réveillé par une secousse qu'éprouva notre embarcation en heurtant un débris du pont de Caligula. De la barque, je ne fis qu'un saut dans une sédiole, petite voiture, qui passe là où une calèche n'aurait pas pu passer, et je partis à l'instant pour Cumes.
Je ferais peu de plaisir au lecteur en décrivant ces ruines que j'ai vues sans plaisir: c'est un amas de décombres avec lesquels l'imagination la plus complaisante ne saurait reconstruire le labyrinthe de Dédale, de fabuleuse mémoire, et auxquels ne se rattache aucune grande renommée historique: en fait de pierres, je n'aime que les pierres qui me parlent. Celle qui recouvrait la sépulture de Scipion n'eût pas été muette pour moi, peut-être l'aurais-je retrouvée à quelques lieues de Cumes, aux champs où fut Linternum, aujourd'hui Patria[38]; mais je ne m'en savais pas si près.
De Cumes revenant sur nos pas, nous montâmes à la Solfatarre, volcan qu'on dit près de s'éteindre, et qui semble toujours prêt à se rallumer, atelier où le soufre s'élabore continuellement, s'évaporant par les gerçures, par les crevasses dont la terre blanchâtre qui recouvre ce cratère est sillonnée; il se condense en aiguille et s'attache au premier solide qu'il rencontre. Sur cette croûte dénuée de toute végétation, je me sentais entre le ciel et l'enfer. Appliquais-je l'oreille aux soupiraux que