Souvenirs d'un sexagénaire, Tome III, page 169 by Antoine Vincent Arnault

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ave; venir y prendre place dès le jour même.

Dans cette première entrevue, si pressé qu'il fût, car il expédiait un courrier à son frère, il me fit plusieurs questions relativement à la position des Français à Naples. «La lettre du ministre de France vous en dira probablement sur ce sujet plus que je n'en pourrais dire», répondis-je, en lui remettant la dépêche dont celui-ci m'avait chargé; et lui laissant terminer sa correspondance, j'allai m'occuper de la mienne et écrire au général en chef la lettre que j'ai cru devoir consigner dans mes notes, parce qu'elle contient sur la mission que je venais de remplir des renseignemens qui en complètent l'histoire, et que je ne crois pas dénués d'intérêt[41].

À l'heure du dîner, la famille du ministre était réunie dans le salon: c'est là que je vis pour la première fois Mme Joseph Bonaparte, femme excellente, femme dont les grandeurs n'altérèrent pas la simplicité, et dont l'infortune n'a pas pu aigrir l'angélique bonté. J'y vis pour la première fois aussi Caroline Bonaparte; enfant encore, elle ne laissait pas deviner tout ce qu'elle a de viril dans le coeur, mais elle portait déjà sur son visage de petite fille l'indice d'une beauté qui aurait peu de rivales: ni l'une ni l'autre ne se croyait destinée à régner dans le royaume sur la frontière duquel nous nous trouvions.

Après m'avoir présenté à sa femme, ce bon Joseph me prit en particulier. «Vous avez évité, me dit-il, de vous expliquer sur notre ministre à Naples, il n'est pas aussi réservé à votre égard; lisez.» Et il me remit la lettre que je lui avais apportée de la part de ce ministre. Je lus, et je n

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