Souvenirs d'un sexagénaire, Tome III, page 179 by Antoine Vincent Arnault

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ement, ces serviteurs du serviteur des serviteurs portaient le chapeau sous le bras, bien que le soleil tombât à plomb sur leur tête d'où ruisselaient la sueur et la pommade. Le cortége pontifical était ouvert par le porte-croix, dont le mulet blanc me parut tout aussi noir que celui qu'il montait à Paris. Ce cavalier-là était ecclésiastique et en portait l'habit. Cet appareil m'inspira plus de gaieté que de vénération.

Pendant la messe, une excellente musique fut exécutée par des abbés des deux sexes; quelque nature de voix qu'on possède, on ne peut chanter devant Sa Sainteté qu'en culottes, bien plus, qu'en habit ecclésiastique, l'habit ecclésiastique étant à Rome ce qu'est l'habit militaire à Berlin, l'habit par excellence.

C'est à cette cérémonie que je vis Pie VI. Aucun de ses prédécesseurs n'eut plus que lui la représentation d'un souverain pontife. C'était un homme grand, très-droit, quoiqu'il eût alors près de quatre-vingts ans. Il portait avec une dignité remarquable sa tête pleine de noblesse et de bonté. Sa jambe n'était pas moins belle, disaient les dames romaines.

Pas de fête à Rome sans fusées. Le soir, on tira devant l'église où la béatification s'était faite un beau feu d'artifice. La place était entourée d'échafauds élevés à la hâte pour les curieux. Ces amphithéâtres ont quelquefois plus de capacité que de solidité. Une Française, femme très-remarquable par sa figure et par son esprit, et très à la mode dès ce temps-là, prit place sur un de ces châteaux branlans parmi l'élite de la société romaine. Elle avait, je crois, pour

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