Souvenirs d'un sexagénaire, Tome III, page 189 by Antoine Vincent Arnault

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rnement était prié de ne pas souffrir que ces objets sortissent de Rome, et de révoquer le décret d'exil qui les arrachait à la terre classique des arts, au ciel rayonnant de l'Italie, à son climat conservateur, et les exposait aux dangers d'un long voyage pour les transporter sur le sol fangeux de Paris, sous le ciel brumeux des Gaules. Si telle n'était la lettre de la requête, tel en était le sens.

Heureusement n'y fit-on pas droit. Le voyage des dieux de Rome ne fut pas contremandé; et loin d'improuver un héros qui, après tout, ne faisait en Italie que ce que les Romains avaient fait en Grèce, que ce que les Vénitiens avaient fait à Constantinople, le Directoire fit de la réception de ces nobles trophées l'objet d'une solennité digne également d'eux et du peuple qui les avait conquis. Cette fête, que tous les arts s'empressèrent d'embellir, et à laquelle le triomphateur lui seul manquait, rappela ces triomphes où les Paul Émile, où les Lucullus étalaient aux yeux du peuple-roi les statues, les marbres, les bronzes, les tableaux, les trépieds, dépouilles des nations vaincues; et Paris, recueillant presque malgré lui les chefs-d'oeuvre de l'art antique et de l'art moderne, n'eut plus rien à envier à Rome, qui cessa un moment d'être la capitale des arts.

Rome cependant ne perdait pas tout attrait pour le voyageur et pour l'artiste. Ce ciel si pur, objet de l'admiration de nos peintres, cette terre si riche en beautés naturelles, si abondante en monumens et en souvenirs, ne sont-ce pas là des trésors dont l'avidité des conquérans, pas plus que leur barbarie pu même leur admiration, ne saurait la déshériter? Tivoli et ses cascades, Albano et son lac, Frascati et ses ombrages, richesses inhérentes à cette terre qui

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