Souvenirs d'un sexagénaire, Tome III, page 19 by Antoine Vincent Arnault

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ption de deux qui restaient entre les mains du commissaire, comme des échantillons de sa fortune passée. Ce pauvre homme ne les contemplait pas sans fondre en larmes: et il les contemplait quelquefois pendant des heures entières. «Quelle coquinerie, disait-il un jour, ces diamans-là me rappellent! voilà pourtant tout ce qui me reste d'une honnête fortune avec laquelle je comptais me retirer auprès de mon vertueux père! Un brigand, un voleur, un scélérat, un drôle, m'a tout pris. Il n'y a plus de probité au monde!»

L'homme qui se plaignait si naïvement ne croyait pas trop avoir manqué à la probité en faisant en Italie ce qu'il aurait eu scrupule de faire en France. En pays conquis, tout lui semblait acquis à son greffe par droit de conquête. Ce principe, au reste, était celui de bien des gens qui en tirèrent plus de profit, et qui, rentrés en France, reprirent leurs habitudes honnêtes. La probité était un bagage qu'ils avaient laissé en dépôt, comme un effet inutile, au pied des Alpes, pour le reprendre en repassant.

Rien de plus ennuyeux qu'un quartier-général, quand on n'y a pas d'occupation. À l'exemple du général et de Mme Bonaparte qui me dirent à tantôt, chacun, après le déjeuner, se retira dans son appartement pour y employer ou perdre le temps à sa manière. Resté seul dans le salon, et n'ayant pas même un livre, je ne sais trop comment j'aurais passé les six heures qui s'écoulèrent entre le déjeuner et le dîner, si je n'eusse pas emporté dans ma tête un moyen d'occupation ou de distraction qui m'a suivi partout, grâce à l'habitude que j'ai de composer sans avoir besoin d'écrire.

Suis-je seul, je reprends un ouvrage commencé

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