Souvenirs d'un sexagénaire, Tome III, page 199 by Antoine Vincent Arnault
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, ou plutôt le cardinal Maury. Mes camarades m'auraient accompagné volontiers; mais à deux heures du matin est-on bien sûr de ne pas contrarier, je ne dis pas la personne, mais l'homme avec qui l'on va renouveler connaissance? Son Éminence, à qui je parlai depuis de cette velléité, me dit que j'avais eu grand tort de n'y pas céder.
Au fait, Maury était bon diable. «Des Français! prières, sommeil, j'aurais tout interrompu pour les recevoir. J'étais si altéré de voir des Français!» disait-il avec un accent qui ne permettait pas de douter de sa sincérité: «Vous pouvez m'en croire, ajoutait-il; je ne mens qu'en chaire.» Je me contentai de proposer sa santé aux convives, qui la portèrent de bon coeur.
Je ne décrirai pas les bords du lac de Bolsena. Je ne l'ai pas vu; mais pendant toute la nuit j'ai senti la fraîcheur de ses émanations. Je ne conçois pas que nous ayons traversé impunément cette zone glaciale et brumeuse. Nous avions grand besoin d'être réchauffés quand nous arrivâmes au relai. Ce qu'un feu de fagots n'avait fait qu'à demi, le soleil toscan l'acheva pendant que nous gravissions la montagne de Radicofani.
Nous nous arrêtâmes quelques instans à Sienne, non pas pour nous reposer. Là aussi je vis de belles choses; des fresques, des mosaïques, des statues qui me parurent aussi parfaites que tout ce que j'avais vu ailleurs. La place publique de cette ville attira mon attention par la singularité de sa forme. Si ma mémoire ne me trompe pas, c'est une espèce d'amphithéâtre creusé en bassin, un arc qui va en se rétrécissant à mesure qu'il se rapproche de la corde. C'est un forum modèle: de la maison commune qui domine sur cette place, le tribun du jo