Souvenirs d'un sexagénaire, Tome III, page 209 by Antoine Vincent Arnault
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cute; la main et le poignet à l'imprudent Esclavon.
Cet accident nous affligea pour lui d'abord, puis il nous fit frémir pour nous-mêmes quand nous nous rappelâmes les dispositions que Suchet avait faites pour repousser la canaille de Viterbe. Si nous eussions été attaqués, la France compterait un héros de moins.
Ainsi, sans m'en douter, j'avais promené la mort avec moi depuis Brindisi jusqu'à Padoue; et ce qui faisait ma sécurité eût fait ma perte, non seulement à Viterbe, mais aussi à Mola di Gaëta, où l'inadvertance du valet de l'auberge vint si mal à propos troubler mon sommeil et me faire prendre, au grand effroi d'Hacquart, une si dangereuse défensive.
Je profitai de deux ou trois jours que je passai à Padoue la docte, pour aller voir ses monumens, l'église du saint Antoine qu'elle a donné au calendrier, l'église de Sainte-Justine et la maison de Tite-Live, Titi-Livii Patavini, qu'on dit être aussi celle où Pétrarque alla finir en chanoine une vie commencée en troubadour.
Le traducteur de l'Iliade et des Chants de Selma, Cesaroti, vivait alors et résidait dans cette ville. Je me présentai chez lui. Il mit le comble à la politesse affectueuse avec laquelle il me reçut, en me priant d'accepter un exemplaire de son Ossian. Le soir j'allais finir au théâtre, avec les Suchet, une journée partagée entre les arts et l'amitié, une journée consacrée tout entière aux plaisirs.
Il n'y avait pas d'Opéra pour lors à Padoue; mais on y jouait tantôt la tragédie et tantôt des farces vénitiennes. Cela ne me contrariait pas. J'avais trouvé l'opéra partout, et jusqu'alors je n'avais rencontré la tragédie nulle part