Souvenirs d'un sexagénaire, Tome III, page 89 by Antoine Vincent Arnault

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i héroïquement que Lycurgue et plus prudemment que Sancho, puisque je n'attendis pas pour le répudier que l'expérience m'en eût démontré tous les inconvéniens.


CHAPITRE IV.

Encore un mot à propos de Corfou.--Ithaque, Otrante, Brindisi, Canosa.--Champ de bataille de Cannes.--Venosa.--Les Apennins, Ordone, Punte Bovino, Nola, Acera, Naples.

Aux motifs que j'ai déduits se joignaient d'autres motifs moins graves, mais qui n'en contribuèrent pas moins à me fortifier dans la détermination de quitter Corfou. Nos acteurs allaient retourner à Venise, et nous laissaient sans spectacle; mon chanoine, parti pour Vienne, me laissait sans musique; et, pour surcroît de malheur, la glace manquait!

Il faut avoir passé un été dans un climat pareil à celui de Corfou pour connaître tout le prix de la glace, et avoir une idée du supplice qu'entraîne la disette de rafraîchissemens. Là, comme à Naples, la glace est une denrée de première nécessité, et le gouvernement apporte autant de soin, au moins, à s'en pourvoir qu'à se pourvoir de blé. Le fait suivant donnera une idée de l'intérêt qu'il y doit mettre. «À Naples, disait un jour devant moi MONSIEUR, depuis Louis XVIII, l'on savait que la ville n'était guère approvisionnée de grains que pour trois semaines, et l'on ne s'en inquiétait pas. Cependant le bruit s'étant répandu qu'il n'y avait pas de glace pour plus de six semaines dans les magasins, le peuple se révolta.»

Les glaces et tous les rafraîchissemens se faisaient à Corfou avec de la neige recueillie sur les montagnes de l'Épire par des femmes qui, après l'avoir pétrie en boules, la chargeaient sur leur tête et la portaient à Butrinto, o

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