Souvenirs d'un sexagénaire, Tome III, page 9 by Antoine Vincent Arnault

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é pour lui faire place, et que celui qu'on voudrait ressusciter pour le lui substituer.

«J'aime mieux ce pouvoir réglé par une constitution que le despotisme du comité de salut public, et que celui de Louis XIV, quoiqu'il se soit adouci quelque peu dans les mains de Louis XVI. Je doute pourtant qu'on puisse se sauver de là sans se réfugier sous le pouvoir d'un seul, sous le pouvoir d'un homme unique; mais cet homme unique, où est-il?»

Pendant que je parlais ainsi, l'impassibilité de sa figure contrastait singulièrement, à ce que m'a dit Regnauld, avec l'expression qui animait la mienne. Après quelques réflexions très-circonspectes sur l'esprit de Paris, il en vint naturellement à lui opposer l'esprit de l'armée; et tout en répondant à des questions qu'il semblait provoquer, il passa successivement en revue ses opérations les plus brillantes, nous démontrant la justesse de ses principes, soit en tactique, soit en politique, par l'application qu'il en avait faite aux circonstances difficiles où il s'était trouvé, et par l'importance des résultats qu'il en avait obtenus. Cette conversation sera toujours présente à ma mémoire. Je n'ai presque fait que la transcrire dans mon chapitre sur la levée du siège de Mantoue et les combinaisons qui décidèrent de la victoire à Rivoli[1].

Il semait cette conversation d'anecdotes qui caractérisaient tout à la fois ses soldats, ses compagnons et lui-même. «À peu d'exceptions près, disait-il, c'est à la troupe la plus nombreuse que la victoire est assurée. L'art de la guerre consiste donc à se trouver en nombre supérieur sur le point où l'on veut combattre. Votre armée est-elle moins nombreuse que celle de l'ennemi, ne laissez pas à l'ennemi le t

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