Six mois dans les Montagnes-Rocheuses, page 99 by Honoré Beaugrand
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gnorée; c'était la passion des aventures et l'attrait de l'inconnu.
M. Stanton raconte qu'un matin, en aval d'un rapide dangereux qu'il venait de franchir avec ses compagnons, il crut apercevoir une inscription sur la falaise, près d'un endroit où une accalmie permettait d'arrêter les bateaux. Il s'approcha et lut avec surprise ces mots gravés profondément dans le roc:
I. JULIEN-1833
M. Stanton dit lui-même qu'il est de toute évidence que des voyageurs canadiens ont passé par là trente-six ans avant la première exploration du major Powell en 1869, et à une époque ou le pays n'avait pas encore été officiellement exploré par le gouvernement des Etats-Unis. Et voici qui paraît encore aussi curieux. En continuant leur voyage à travers les mille périls des cataractes, des rapides, des remous et des fureurs du fleuve, à une profondeur de plus de 5,000 pieds, M. Stanton et ses compagnons aperçurent un matin, à leur suprême étonnement, un mineur solitaire qui cherchait des paillettes d'or dans les sables de la rive, à un endroit où le fleuve s'élargissant, formait une grève assez considérable. Et ce mineur qui, depuis plus d'un an, vivait ainsi seul, de chasse et de pêche, en cherchant de l'or dans le lit du Rio Colorado, c'était encore un Canadien-français; il s'appelait Félix Lantier.
Cela se passait au mois de janvier 1890, et il me serait difficile de citer deux preuves plus convaincantes et plus authentiques que la présence de ces Canadiens: Julien, en 1833, et Lantier, en 1890, dans les gorges inexplorées du Colorado, à l'appui de la théorie que j'ai déjà émise, au sujet de la découverte et de l'exploration première de tous les pays qui constituent le massif des Montagnes-Rocheus