Au large de l'Écueil, page 179 by Hector Bernier

<< Return to Title Details & Download

 < previous  next > 

180

s que cela soit vrai!... Dites, ils ne se voilent pas, vos beaux yeux, Marguerite! On se trompe, elle ne se cachera pas, votre belle âme!...

--Mon âme a bien changé, mon amie...

--Elle n'a pas cessé d'être bonne et généreuse, cela, je le jure...

--Parlez-moi de votre frère, balbutie Marguerite, et son coeur ému teinte ses joues de flamme rose.

--Il vous pleure... Oh! s'il savait! Il deviendrait fou de chagrin!...

--Je vous remercie de ne lui en avoir rien dit...

--Pourquoi exigez-vous qu'il ne vous revoie pas?...

--Il faut qu'il ne vienne pas, il faut que je parte, comme cela; je ne supporterais pas un autre adieu, je le sens!...

--Que s'est-il donc passé?...

--Dès l'adieu consommé, j'ai eu beaucoup de chagrin, une crise d'affolement douloureux... Ma tête fut si déchirée par le mal que nous dûmes rester à Québec... J'ai trop pleuré, Jeanne, voilà tout ce qui eut lieu...

--Ah! si Jules n'était pas à Ottawa, j'irais...

--Je vous le défendrais! interrompit la Française, vivement. Il vaut mieux qu'il ne me voie pas, l'amour est si bizarre, il ne m'aimerait que beaucoup moins peut-être...

--Est-ce que je vous aime moins? lui reprocha Jeanne.

--Les hommes, ce n'est pas la même chose... Je vous disais que j'ai pleuré... Une maladie, alors que j'étais bien jeune, avait blessé mes yeux... Les cicatrices n'étaient pas solides... Trop de sanglots les ont ouvertes... Les médecins, il n'y a pas une heure, les ont déclarées invincibles...

--Oh! que vous avez dû souffrir, quand on vous l'a dit!...

--Le délire fut effroyable... J'ai presqu'implor

 < previous  next >