Au large de l'Écueil, page 199 by Hector Bernier

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mon rêve en miettes... loin de toi, je souffrirai moins, je me souviendrai mieux des années de bonheur où je retrouvais mon cerveau dans le tien... Il n'est plus à moi, ton cerveau, Dieu me l'a ravi... Reste ici: Jules Hébert, ton évangélisateur, adoucira l'amertume des adieux nécessaires...

--La seule perspective de vous dire adieu me fait tant de peine!... Non, décidément, je vous suivrai!...

--Tu resteras, ma fille! Il faut que tu ne viennes pas, j'ai besoin que tu restes!... Si tu étais auprès de moi, croyant, priant, je ne pourrais plus faire la guerre à Dieu!... C'est mon devoir de me battre jusqu'au dernier jour pour la libre-Pensée, ma religion!... Il y aura une différence avec autrefois, je frapperai désormais sans haine...

--Oh! mon père! cela me rendra si malheureuse!...

--Cela passera, mon enfant, tu seras heureuse avec ton ami... N'est-ce pas qu'elle sera heureuse avec le frère que vous défendiez si bien, Jeanne?...

--Nous serions tous bien plus heureux encore, si vous l'étiez avec nous, répondit la soeur de Jules, dont le coeur faisait mal.

--Oh! mon père! ce sera trop de chagrin! Vous resterez avec nous tous! pleura Marguerite.

--Il faudra que je m'en aille! dit-il, résolu inflexible. Je reviendrai parfois, ma fille, et près de vous tous, je retremperai mon courage de frapper Dieu sans haine...

--Mon père! protesta encore sa fille, dont les larmes coulaient, abondantes.

--Ne pleure pas, mon enfant, tes yeux seront encore malades, et, tu ne pourras pas te suggérer la cure divine une seconde fois, peut-être...

--Je vous pardonne votre sarcasme, mon père, dit Marguerite. Je sens que vous vous trompez, que j'ai des yeux capables de vous pleurer

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