Au large de l'Écueil, page 29 by Hector Bernier
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: nous sommes les descendants des "porteurs d'eau", de ceux qui eurent à "porter" les sanglots de la défaite, les descendants dea femmes qui "portèrent" les pleurs qu'elles répandirent sur la tombe des fils et des époux dévorés par les Plaines d'Abraham!... C'est notre droit de relever l'insulte... Oui, nous sommes des "porteurs d'eau", mais nous n'avons pas à rougir... C'est parce qu'ils avaient du coeur que nos aïeux furent humiliés de la conquête, qu'elles avaient des entrailles que les femmes gémirent sur la mort des héros... Tous les Anglais de coeur, et, ils le sont presque tous, le savent, bien!... A la place des nôtres, auraient-ils, auraient-elles fait autrement? Seraient-ils, seraient-elles: Autre chose qu'une race de "porteurs d'eau"?...
--Les Anglais ont du coeur, mon fils, et j'en suis convaincu... Mais il est un problème que je ne puis résoudre... Ils apprennent nôtre histoire... La légitimité de notre cause devrait nous gagner leurs sens de la justice, la vaillance des nôtres émouvoir leur respect du courage malheureux... Eh bien! non, je te le répète, ils nous dédaignent, parfois même ils nous haïssent... Ils admirent les Japonais, alors qu'ils nous refusent Carillon et Montmorency!... Je sais qu'il s'agit, pour eux, de défaites!... Cela n'est pas une raison: est-il un Canadien-Français qui nie sa gloire au grand Wolfe?...
--Ils l'apprennent, notre histoire... reprit Jules. Mais vous savez ce que c'est, au collège, apprendre l'histoire... C'est la corvée des dates à retenir, le poids des faits à traîner dans le cerveau!... Ils n'essayent pas de s'assimiler l'âme canadienne-française, ne pénètrent-pas l'essence réelle de nos revendications... N'en est-il pas de même de nous, mon père? Nous apprenons l'