Au large de l'Écueil, page 39 by Hector Bernier

<< Return to Title Details & Download

 < previous  next > 

40

ec elle. Est-ce l'amour, ce besoin aigu de la revoir, de l'entendre, d'être longtemps près d'elle? Son regard enfiévré, voulant s'arracher au portrait qui l'enivre, est saisi par le Crucifix blanc sur la muraille. Le Christ saignant le dégrise, le ramène à l'inspiration virile. Rien ne lui fera trahir le Christ de sa race et des siens. Il se rappelle que le Christ plane dans l'histoire canadienne, et que c'est par Lui, le Dieu sacrifié à la Fraternité féconde, que le Canada vaincra la haine. Gilbert Delorme est un briseur de crucifix, un disciple du Renan infâme qui se moqua des épines et des clous de la Croix. Jules reverra son adorable fille, l'image de Greuze vivante, mais il jure d'immoler son coeur au Christ, à sa race, à la patrie canadienne, si ce grand besoin d'elle est l'amour...


III

Il est, à Québec, une chose vieille dont la mort approche. C'est le dédain qui la tue lentement. Elle est jolie, pourtant, la calèche gaie, d'où l'on domine la rue. Ses couleurs vives flambent au soleil d'été. Elle a des caresses de mouvement pour les étrangers qui lui sont déjà moins fidèles. Si on éveillait les échos qu'elle garde, on entendrait les belles choses qu'on dit sur le Québec séculaire, les mots d'amour que les couples, venus de loin, se glissent à l'oreille du cocher sourd. Hélas! ses compatriotes ingrats se moquent d'elle, et voilà pourquoi elle agonise, elle finira par en mourir.

Une calèche roule sur le pavé dur qui vibre. Elle entre sous la Porte Saint-Louis, et la voûte en pierre tonne. Une note grave résonne: on dirait que les régiments de jadis, allant à la bataille, y laissèrent le claquement du sabot des chevaux, le bruit de la marche des fantassins, et que c'est en

 < previous  next >