Au large de l'Écueil, page 59 by Hector Bernier

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ave;lerinages, l'hymne délirant des miracles se mêlent en une clameur immense qui fait palpiter l'espace, électrise les êtres et rejoint les cantiques enflammés sur le fleuve.

--C'est à rendre folle, ce chant, cette lumière et ces cloches! dit Jeanne Hébert à ses compagnons.

--Tout cela m'empoigne, ajoute Marguerite

Delorme, et je voudrais unir ma voix à cette mélodie entraînante!...

--J'éprouve la même sensation, reprend la jeune Québécoise. Cela me torture de rester là, sans pouvoir crier mon transport au ciel!...

--C'est une de ces heures, remarque Jules Hébert, où l'on voudrait faire grand, exceller en quelque chose, s'envoler très-haut, loin de l'insignifiance banale et des médiocrités laides!... Pour un moment, on a l'illusion d'être un héros ou d'avoir du génie!...

--C'est comme si le meilleur de nous-mêmes jaillissait à la surface de nos êtres et plongeait dans le néant tout ce qu'il y a, chez nous, d'inférieur et de méprisable! dit la Française.

--Je sens que j'aime infiniment tout ce que j'aime! s'écrie Jeanne, ardente.

--Et moi, je sais que je vous aimerai toujours, ajoute Marguerite, avec un élan de tout son coeur.

Elles ne se sont encore vues que fort peu souvent. Mais, dès le choc de leur premier regard, elles ont senti leurs âmes accourir l'une à l'autre et se prendre. C'est qu'elles se complètent l'une et l'autre, la Française un peu grave, un peu hautaine, aux allures de grande noblesse et la petite Canadienne exubérante, dont le rire a la fraîcheur des sources et gazouille. Jeanne Hébert ne s'était jamais imaginée qu'une Voltairienne pouvait être

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