Au large de l'Écueil, page 89 by Hector Bernier
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--Elle vogue vers le bonheur sans fin, murmure-t-il.
--Voici qu'elle tourne! s'écrie-t-elle, avec un regret de tout son être.
--Les rames s'agitent... Elle remonte... C'est déjà fini, leur joie souveraine de tout-à-l'heure... C'est bien là notre bonheur humain: un moment, l'extase nous berce au fil du courant, puis il nous faut ramer douloureusement contre elle...
--Il y a de la joie, même à souffrir...
--Et la joie surhumaine qu'on espère toujours, qui donc nous en rassasiera, Mademoiselle?... Je vous plains de ne pas même soupçonner la vie par delà les planètes et les étoiles... Oh! que je vous souhaite le grand amour dont la rosée vous rafraîchira les tempes jusqu'à la fin de vos jours!...
--Dieu, s'il existe, devrait me conduire à la source...
--Vous blasphémez, sans qu'un pli de votre visage tressaille!...
--Pardon, je ne blasphème pas Celui qui, pour moi n'est rien... Je vous fais de la peine, je le sens... Mais il faut que je me défende... Et c'est vrai, ce que je vous dis... Vous le savez bien que je ne veux pas vous faire de la peine!...
--Oui, c'est vrai, trop vrai... Vous me forcez à l'admettre: j'avais toujours cru qu'il ne pouvait y avoir d'athées sincères... Mais, logique avec vous-même, vous devriez me dédaigner, avoir pour un crétin des répugnances nécessaires!...
--Sans Dieu, vous ne seriez plus le Canadien-Français que vous êtes!... Et c'est le Canadien-Français que j'admire, patriote enflammé, noblement sincère, fièrement chrétien!... Que voulez-vous, c'est notre logique, à nous, les femmes...
--Vous me pardonnez la superstition comme je vous pardonnai l'ath&eac