Au large de l'Écueil, page 99 by Hector Bernier
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es inégales sous des pignons anciens. Ils devaient fatalement se rencontrer sur la route un jour, le curé du village et le seigneur du manoir, et dès lors l'abbé Lavoie prit place au coeur de tous. Le Canadien-Français, profondément catholique, admira le prêtre simple et grandiose, et son épouse, qui ne s'y trompait guère en noblesse, avait compris la délicatesse extrême dont les chocs de la misère humaine affinaient cette nature d'apôtre sentimental. Il avait caressé les boucles blondes et soyeuses de Jeanne gamine: elle en était folle. Il connaissait la conscience de Jules jusqu'en ses replis les plus discrets: le jeune homme devait bien des choses au vieillard qui lui avait distillé la sève de l'Evangile à travers sa tendresse et son sourire.
Voici que l'abbé se rappelle précisément qu'on va bientôt, retirer des urnes le sort de celui qu'il nomme son fils. Toute la semaine, il a prié pour le triomphe de Jules. Le matin même, sa prière fut beaucoup plus longue qu'à l'ordinaire. Soudain ses yeux s'immobilisent d'une fixité étrange: il vient d'apercevoir, dans le rêve patriotique du jeune homme, un horizon plus large, une force d'action nouvelle, et la servante, dont la silhouette grêle a pénétré sans bruit jusqu'à la porte aux moulures blanches comme l'ivoire, est ébahie de stupeur.
--Qu'y a-t-il, Marie? demande-t-il, remarquant enfin sa présence.
--Il y a, Monsieur le curé, que Monsieur Jules est au village.
--Vraiment? dit-il, avec-un cri de joie. Que j'ai hâte de le voir!...
--Pauvre Monsieur Jules! gémit-elle.
--Parle! Qu'y a-t-il? s'inquiète l'abbé.
--Figurez-vous que j'ai rencontré, tout-à-l'heure, le