La fille du pirate, page 129 by Émile Chevalier
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e remercie de n'avoir pas révélé à quel navire tu appartenais.
»--Dame, major, ça ne m'aurait fait ni chaud ni froid, et une trahison aurait empoisonné mon dernier soupir, je suis délicat, voyez-vous.
»--Brave Mike!
»--Il n'y a pas de quoi.
»--Je suis venu pour te sauver.
»--Sans plaisanterie, au moins?
»--Sans plaisanterie.
»--Merci, major, mais que faut-il faire.
»--Te laisser pendre.
»--Hein?
»--Oui, te laisser pendre.
»--Singulière façon de me sauver; mais, en définitive, pendu pour pendu, j'aime autant m'exécuter de bonne grâce. D'ailleurs, j'étais déjà décidé. C'est là tout ce que vous avez à me dire?
»--Tu n'as pas confiance en moi?
»--Moi, comment donc, major! j'ai toute confiance en vous, potence de sort! je suis sûr d'être pendu demain, à six heures du matin...
»--Et d'être ressuscité?
»--Ça, c'est une autre question. Le temps des miracles est joliment loin, eh! eh!
»--Ce qui n'empêchera pas d'en faire un en ta faveur, si tu y consens.
»--Pas d'objection, pas d'objection; faites, major.
»Il me baragouina alors un tas de phrases dans lesquelles je ne voyais que du feu, et, bref, finit par me percer un petit trou au milieu de la gorge, y introduisit une sorte de tube en argent, et me demanda si ça me faisait souffrir.
»En tous cas, ça ne me procure pas des jouissances excessives, répliquai-je.
»--Mais tu pourras néanmoins marcher jusqu'au lieu du supplice.
»--Cette bêtise.
»--Bon. Maintenant tu peux être certain de vivre aussi longtemps que Mathusalem.
»--Je ne le souhaite pas, major.
»