Les grandes espérances, page 1 by Charles Dickens

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tirée, avec assez peu de raison, du reste, de leurs pierres tumulaires. La forme des lettres tracées sur celle de mon père me donna l'idée bizarre que c'était un homme brun, fort, carré, ayant les cheveux noirs et frisés. De la tournure et des caractères de cette inscription: Et aussi Georgiana, épouse du ci-dessus, je tirai la conclusion enfantine que ma mère avait été une femme faible et maladive. Les cinq petites losanges de pierre, d'environ un pied et demi de longueur, qui étaient rangées avec soin à côté de leur tombe, et dédiées à la mémoire de cinq petits frères qui avaient quitté ce monde après y être à peine entrés, firent naître en moi une pensée que j'ai religieusement conservée depuis, c'est qu'ils étaient venus en ce monde couchés sur leurs dos, les mains dans les poches de leurs pantalons, et qu'ils n'étaient jamais sortis de cet état d'immobilité.

Notre pays est une contrée marécageuse, située à vingt milles de la mer, près de la rivière qui y conduit en serpentant. La première impression que j'éprouvai de l'existence des choses extérieures semble m'être venue par une mémorable après-midi, froide, tirant vers le soir. À ce moment, je devinai que ce lieu glacé, envahi par les orties, était le cimetière; que Philip Pirrip, décédé dans cette paroisse, et Georgiana, sa femme, y étaient enterrés; que Alexander, Bartholomew, Abraham, Tobias et Roger, fils desdits, y étaient également morts et enterrés; que ce grand désert plat, au delà du cimetière, entrecoupé de murailles, de fossés, et de portes, avec des bestiaux qui y paissaient çà et l&agra

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