Les grandes espérances, page 49 by Charles Dickens
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eacute; qu'il se serait précipité sur lui, si les soldats ne se fussent interposés.
«Ne vous ai-je pas dit, fit l'autre forçat, qu'il m'assassinerait s'il le pouvait?»
On voyait qu'il tremblait de peur; et il sortait de ses lèvres une petite écume blanche comme la neige.
«Assez parlé, dit le sergent, allumez des torches.»
Un des soldats, qui portait un panier au lieu de fusil, se baissa et se mit à genoux pour l'ouvrir. Alors mon forçat, promenant ses regards pour la première fois autour de lui, m'aperçut. J'avais quitté le dos de Joe en arrivant au fossé, et je n'avais pas bougé depuis. Je le regardais, il me regardait; je me mis à remuer mes mains et à remuer ma tête; j'avais attendu qu'il me vît pour l'assurer de mon innocence. Il ne me fut pas bien prouvé qu'il comprît mon intention, car il me lança un regard que je ne compris pas non plus; ce regard ne dura qu'un instant; mais je m'en souviens encore, comme si je l'eusse considéré une heure durant, et même pendant toute une journée.
Le soldat qui tenait le panier se fût bientôt procuré de la lumière, et il alluma trois ou quatre torches, qu'il distribua aux autres. Jusqu'alors il avait fait presque noir; mais en ce moment l'obscurité était complète. Avant de quitter l'endroit où nous étions, quatre soldats déchargèrent leurs armes en l'air. Bientôt après, nous vîmes d'autres torches briller dans l'obscurité derrière nous, puis d'autres dans les marais et d'autres encore sur le bord opposé de la rivière.
«Tout va bien! dit le sergent. En route!
Nous marchions depuis peu, quand trois coups de canons retentirent tout près de nous, avec tant de force que je croyais avoir quelq