Les grandes espérances, page 539 by Charles Dickens

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revenir si tôt, je repartis le lendemain par la voiture. Je mis pied à terre à la maison de la Mi-Voie, j'y déjeunai et je fis à pied le reste de la route; car je tenais à entrer en ville tranquillement par les chemins peu fréquentés et en sortir de la même manière.

Le jour commençait à baisser quand je passai dans les petites ruelles tranquilles où l'écho seul répète le bruit de la Grande Rue. Les enfoncements des ruines, où les vieux moines avaient autrefois leurs réfectoires et leurs jardins, et dont les fortes murailles se prêtaient maintenant à servir d'humbles remises et d'écuries, étaient presque aussi silencieux que les vieux moines dans leurs tombeaux. Au moment où je pressais le pas pour éviter d'être observé, les cloches de la cathédrale prirent tout d'un coup pour moi un son plus triste et plus lointain qu'elles n'avaient jamais eu auparavant; de même, les sons du vieil orgue arrivaient à mes oreilles comme une musique funèbre, et les oiseaux, en voltigeant autour de la tour grise, et en se balançant dans les grands arbres dépouillés du Prieuré, semblaient me crier que la maison était changée, et qu'Estelle en était partie pour toujours.

Une vieille femme, que je connaissais déjà comme une des servantes qui habitaient la maison supplémentaire, au delà de la cour de derrière, m'ouvrit la porte. La chandelle allumée était dans le passage sombre. Comme autrefois, je la pris et montai seul l'escalier. Miss Havisham n'était pas dans sa chambre, mais dans l'autre grande chambre, de l'autre côté du palier. Regardant à l'intérieur, après avoir frappé en vain, je la vis tout près du foyer, assise sur une chaise tout usée, et perdue da

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