Le magasin d'antiquités, Tome I, page 189 by Charles Dickens
<< Return to Title Details & Download190
e enfant! laissant tomber sa tête sur son épaule, elle s'était endormie, et d'un sommeil si profond que le grand-père ne put parvenir à éveiller sa petite-fille pour l'associer à la joie qu'il ressentait.
Le souper fut excellent. Miss Nelly était trop fatiguée pour manger; et cependant elle ne voulut point laisser le vieillard avant qu'il se fût mis au lit et qu'elle l'eût embrassé en lui souhaitant une bonne nuit. Celui-ci, parfaitement insensible à ses soins et à ses peines, siégeait à table, écoutant avec un sourire hébété d'admiration stupide tout ce que disaient ses nouveaux amis; et ce ne fut que lorsqu'ils se retirèrent en bâillant dans leur chambre, qu'il consentit à suivre Nelly.
Cette chambre n'était qu'un grenier divisé en deux compartiments; mais nos voyageurs s'accommodèrent très-volontiers de leur logement, car ils n'avaient pas espéré un si bon gîte. Le vieillard parut inquiet quand il fut couché et il pria Nelly de s'asseoir à son chevet, comme elle l'avait fait durant tant de nuits. Elle s'empressa d'obéir et resta assise jusqu'au moment où il s'endormit.
Il y avait dans la chambre de Nelly une petite croisée de la largeur d'une crevasse; en quittant son grand-père, l'enfant ouvrit cette croisée et s'y plaça, écoutant en quelque sorte le silence. La vue de la vieille église et des tombeaux au clair de lune, les arbres brunis par l'ombre et agités par la brise rendirent Nelly plus pensive que jamais. Elle referma la fenêtre, et, s'asseyant sur le lit, elle se mit à songer à l'avenir qu'ils avaient devant eux.
Elle avait quelque argent, mais bien peu; et quand cet argent serait dépensé, il faudrait mendier... Dans cette petite réserve se