250
r la tête par le premier boulet de canon que je rencontrerais sur mon chemin!
-- O Kit, ne parlez pas ainsi!...
-- Je le ferais, ma mère; et tenez, si vous ne voulez pas me rendre malheureux, vous laisserez sur votre chapeau ce noeud que vous vouliez absolument en retirer la semaine dernière. Pouvez- vous supposer qu'il y ait aucun mal à paraître et à être aussi joyeux que le permet notre humble position? Y a-t-il rien dans la tournure de mon caractère qui doive faire de moi un pleurnicheur, un tartufe avec de grands airs, pleurant tout bas, humblement, se glissant modestement, sans se laisser voir, comme si je ne pouvais pas marcher sans ramper, ni m'exprimer sans parler du nez. Au contraire, est-ce qu'il n'y a pas toutes les raisons du monde pour que je ne sois pas comme cela? Ma foi! tenez! j'aime mieux rire tout franchement! Ah! ah! ah! N'est-ce pas aussi naturel que de marcher et aussi salutaire pour la santé? Ah! ah! ah! N'est-ce pas aussi naturel qu'au mouton de bêler, ou au cochon de grogner, ou au cheval de hennir, ou à l'oiseau de chanter? Ah! ah! ah! n'est- il pas vrai, mère?»
Il y avait quelque chose de contagieux dans le rire de Kit; car sa mère, qui avait paru d'abord sérieuse, commença par sourire, et enfin éclata de si bon coeur, que Kit redoubla de gaieté en répétant que c'était bien naturel. Kit et sa mère, en riant à l'unisson et à voix haute, éveillèrent le petit enfant; celui-ci remarquant qu'il y avait dans l'air quelque chose de comique et d'animé, ne fut pas plutôt entre les bras de sa mère, qu'il se mit à rire et à gigoter de toutes ses forces. Cette nouvelle victoire, remportée par son argumentation, chatouilla si vivement Kit, qu'il tomba en arrière sur son siège dans un véritable état de fou rire, montrant l'enf