Le magasin d'antiquités, Tome I, page 269 by Charles Dickens
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bscur où on l'enchaînerait et le fouetterait; pis que cela, où Nelly ne serait jamais admise à le voir, sinon à travers des barreaux de fer et des grilles scellées à la muraille. Ses terreurs gagnaient l'enfant. Être séparée de son grand-père, c'était le plus cruel supplice qu'elle put redouter; et pensant que dans l'avenir, partout où ils iraient, ils étaient exposés à être ainsi traqués et poursuivis sans pouvoir espérer de salut qu'à la condition de rester cachés, elle sentit son coeur se briser et son courage faiblir.
Cet accablement d'esprit n'avait rien de surprenant chez un être si jeune et si peu habitué aux scènes parmi lesquelles il lui avait fallu vivre depuis quelque temps. Mais souvent la nature place de nobles et généreux coeurs dans de faibles poitrines, -- très-souvent, Dieu merci! dans des poitrines de femme; -- et quand l'enfant, attachant sur le vieillard ses yeux mouillés de larmes, se rappela combien il était débile, et combien il serait abandonné et sans ressources si elle venait à lui manquer, son coeur se ranima et se trouva rempli d'une force et d'une constance nouvelles.
«Nous voici à l'abri de tout danger et nous n'avons plus rien à craindre, mon cher grand-papa, dit-elle.
-- Rien à craindre!... répéta le vieillard. Rien à craindre, et s'ils m'arrachaient d'auprès de toi! Rien à craindre, et s'ils nous séparaient! Je ne crois plus personne: pas même Nell!
-- Oh! ne parlez pas ainsi! répliqua l'enfant. Car si jamais quelqu'un vous fut fidèle et dévoué, c'est moi. Et je sais bien que vous n'en doutez pas.
-- Comment alors, dit le vieillard, regardant d'un air craintif autour de lui, pouvez-vous avoir le coeur de me di