Le magasin d'antiquités, Tome I, page 289 by Charles Dickens

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continuait de la réchauffer encore sans pouvoir se résoudre à la quitter.


CHAPITRE XXVI.

Nelly, le coeur brisé, s'éloigna avec le maître d'école du chevet de l'enfant et retourna à la chaumière. Elle eut soin de cacher au vieillard la cause réelle de son chagrin et de ses larmes; car l'enfant mort orphelin n'avait qu'une grand'mère comme elle n'avait qu'un grand-père, et il ne laissait qu'une parente âgée pour pleurer sa perte prématurée.

Elle se mit au lit aussi vite qu'elle le put, et, lorsqu'elle se trouva seule, elle donna un libre cours à la tristesse qui accablait son âme. Mais la scène affligeante dont elle avait été témoin contenait pourtant une leçon de satisfaction et de reconnaissance: de satisfaction, puisque Nelly se sentait bien portante et libre; de reconnaissance, puisqu'elle avait été conservée au seul parent, au seul ami qu'elle chérît, pour vivre et respirer dans un monde magnifique à ses yeux, tandis que tant de jeunes créatures, aussi jeunes qu'elle et aussi pleines d'espérance, étaient frappées et couchées dans leurs tombes. Combien de tertres funèbres dans ce vieux cimetière où elle avait erré dernièrement, s'étaient couverts de verdure sur des tombes d'enfants! Bien qu'elle ne pensât elle-même que comme une enfant et ne réfléchît peut-être pas suffisamment à quelle brillante et heureuse existence sont appelés ceux qui meurent jeunes, et que la mort leur épargne la douleur de voir s'éteindre les autres autour d'eux, de voir descendre dans la tombe les plus fortes affections de leur coeur, ce qui fait mourir bien des fois le vieillard dans le cours d'une longue existence: cependant Nelly avait assez de raison pour

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