David Copperfield - Tome I, page 209 by Charles Dickens

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elle et M. Barkis. Ils me déposèrent à la grille du jardin avec beaucoup de peine, et je ne vis pas sans regret la carriole s'éloigner emmenant Peggotty, me laissant là tout seul sous les vieux ormes, en face de cette maison où il n'y avait plus personne pour m'aimer.

Je tombai alors dans un état d'abandon auquel je ne puis penser sans compassion. Je vivais à part, tout seul, sans que personne fît attention à moi, éloigné de la société des enfants de mon âge, et n'ayant pour toute compagnie que mes tristes pensées, qui semblent jeter encore leur ombre sur ce papier pendant que j'écris.

Que n'aurais-je pas donné pour qu'on m'envoyât dans une pension, quelque sévèrement tenue qu'elle pût être, apprendre quelque chose, n'importe quoi, n'importe comment! Mais je n'avais pas cette espérance, on ne m'aimait pas, et on me négligeait volontairement, avec persévérance et cruauté. Je crois que la fortune de M. Murdstone était alors embarrassée, mais d'ailleurs il ne pouvait me souffrir, et il essayait, en m'abandonnant à moi- même, de se débarrasser de l'idée que j'avais quelques droits sur lui; ... il y réussit.

Je n'étais pas précisément mal traité. On ne me battait pas, on ne me refusait pas ma nourriture, mais il n'y avait pas de cesse dans les mauvais procédés qu'on avait pour moi systématiquement et sans colère. Les jours suivaient les jours, les semaines, les mois se passaient et on me négligeait toujours froidement. Je me suis demandé quelquefois en me rappelant ce temps-là ce qu'ils auraient fait si j'étais tombé malade, et si on ne m'aurait pas laissé couché dans ma chambre solitaire, me tirer d'affaire tout seul, ou si quelqu'un m'aurait tendu une main s

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