David Copperfield - Tome I, page 379 by Charles Dickens

<< Return to Title Details & Download

 < previous  next > 

380

'était pas une soeur pour moi; elle compatit à mes infortunes, elle me fait la lecture tout haut, et grâce à elle le temps se passe rapidement et doucement. Agnès a toute ma confiance, je lui raconte en détail mon aventure avec le boucher et toutes les injures qu'il m'avait faites, et elle est d'avis que je ne pouvais faire autrement que de me battre avec lui, quoiqu'elle tremble et frissonne à l'idée de ce terrible combat.

Le temps s'est écoulé sans que j'y prisse garde, car Adams n'est plus alors à la tête de la classe, et il y a longtemps qu'il a quitté la pension. Il y a si longtemps que, lorsqu'il revient faire une visite au docteur Strong, il n'y a plus beaucoup d'élèves qui l'aient connu. Adams va entrer dans le barreau, il sera avocat et portera perruque. Je suis surpris de le trouver si modeste; il est d'une apparence moins imposante que je n'aurais cru. Il n'a pas encore bouleversé le monde, comme je m'y attendais, car il me semble, autant que je puis en juger, que les choses vont à peu près de même qu'avant l'entrée d'Adams dans la vie active.

Ici une lacune où les grands guerriers de l'histoire et de la poésie défilent devant moi en armées innombrables; cela n'en finit pas. Qu'est-ce qui vient ensuite? Je suis à la tête de la classe, et je regarde de ma hauteur la longue file de mes camarades, en remarquant avec un intérêt plein de condescendance ceux qui me rappellent ce que j'étais quand je suis entré à la pension. Il me semble, du reste, que je n'ai plus rien à faire avec cet enfant- là, je me souviens de lui comme de quelque chose qu'on a laissé sur la route de la vie, quelque chose près duquel j'ai passé, et je pense parfois à lui comme à un étranger.

Et la petite fille que j'ai vue en arrivant chez M. Wickfield,

 < previous  next >