David Copperfield - Tome I, page 399 by Charles Dickens

<< Return to Title Details & Download

 < previous  next > 

400

cute; de mistress Strong avec Agnès déplaisait à M. Wickfield, et qu'il la surveillait avec inquiétude. Je dois avouer aussi que le souvenir de ce que j'avais vu d'elle, le jour du départ de M. Jack Maldon, me revint à l'esprit avec une signification que je n'y avais jamais attachée et qui me troubla l'esprit. L'innocente beauté de son visage ne me paraissait pas aussi pure que par le passé; je me défiais de la grâce naturelle et du charme de ses manières, et quand je regardais Agnès, assise auprès d'elle, quand je me rappelais l'honnête candeur de la jeune fille, je me disais en moi-même que c'était peut-être une amitié mal assortie.

Elles en jouissaient pourtant si vivement toutes deux que leur gaieté fit passer la soirée comme un instant. Il arriva, au moment du départ, un petit incident que je me rappelle bien. Elles prenaient congé l'une de l'autre, et Agnès allait embrasser mistress Strong, quand M. Wickfield passa entre elles, comme par accident, et emmena brusquement Agnès. Puis je revis sur le visage de mistress Strong cette expression que j'avais remarquée le soir du départ de son cousin, et je me crus encore debout à la porte du docteur Strong. C'était bien comme cela qu'elle l'avait regardé ce soir-là.

Je ne puis dire quelle impression ce regard me produisit, ni pourquoi il me devint impossible de l'oublier plus tard quand je pensais à elle, et que j'aurais voulu me rappeler plutôt son visage paré de son innocente beauté. Le souvenir m'en poursuivait encore en rentrant chez moi; il me semblait que je laissais un sombre nuage suspendu au-dessus de la maison du docteur. Au respect que j'avais pour ses cheveux gris se mêlait une grande compassion pour ce coeur si confiant avec ceux qui le trahissaient, et un profond ressentiment contre ces perfides

 < previous  next >