David Copperfield - Tome I, page 439 by Charles Dickens

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le passé, avait toujours recours à ce stratagème, chaque fois qu'il s'agissait de tirer une pièce de monnaie de son coffre, et qu'il endurait des tortures inconcevables à se traîner tout seul hors de son lit pour chercher son argent dans cette malheureuse caisse. En effet, nous l'entendîmes bientôt pousser des gémissements étouffés, attendu que ce procédé de pie voleuse faisait craquer toutes ses jointures endolories: mais Peggotty, malgré des regards qui exprimaient toute sa compassion pour son mari, m'assura que ce mouvement de générosité lui ferait du bien, et qu'il valait mieux le laisser faire. Elle le laissa donc gémir tout seul, jusqu'à ce qu'il eût regagné son lit, en souffrant le martyre, j'en suis sûr. Alors il nous appela, et faisant semblant d'ouvrir les yeux après un bon somme, il tira une guinée qu'il avait mise sous son oreiller. La satisfaction de nous avoir trompés et de garder un secret impénétrable sur le contenu de son coffre, semblait être à ses yeux une compensation suffisante pour toutes ses tortures.

Je préparai Peggotty à l'arrivée de Steerforth, et il parut bientôt. Je suis persuadée qu'elle ne faisait aucune différence entre les bontés qu'il avait eues pour moi et des services qu'il aurait pu lui rendre à elle-même, et qu'elle était disposée d'avance à le recevoir avec reconnaissance et dévouement dans tous les cas; mais ses manières gaies et franches, sa bonne humeur, sa belle figure, le don naturel qu'il possédait de se mettre à la portée de ceux avec qui il se trouvait et de toucher juste, quand il voulait s'en donner la peine, la corde sensible de chacun, tout cela fit la conquête de Peggotty en cinq minutes. D'ailleurs ses façons avec moi auraient suffi

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