Barnabé Rudge, Tome I, page 39 by Charles Dickens
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gine, chose fort naturelle, n'avoir pas un brin de caractère, mais il se trompe, je le lui ferai voir, et je vous le ferai voir à tous avant peu.
-- Ce garçon là sait il bien ce qu'il dit? cria John Willet, grandement étonné.
-- Père, répliqua Joe, je sais bien ce que je dis et ce que je veux dire beaucoup mieux que vous ne faites quand vous m'écoutez. De votre part j'endurerais tout; mais le moyen d'endurer le mépris que la manière dont vous me traitez m'attire chaque jour de la part des autres? Voyez les jeunes gens de mon âge: n'ont-ils ni la liberté ni le droit de parler quand ils veulent? Les oblige-t-on d'être assis comme au jeu de bouche cousue; d'être aux ordres de tout le monde; enfin, de devenir le plastron des jeunes et des vieux? Je suis la fable de tout Chigwell, et je vous déclare, mieux vaut vous le dire à présent que d'attendre votre mort et votre héritage, je vous déclare qu'avant peu je serai réduit à briser de pareils liens, et que, quand je l'aurai fait, ce ne sera pas de moi que vous aurez à vous plaindre, mais de vous-même, et de nul autre que vous.»
John Willet fut tellement confondu de l'exaspération et de l'audace de son digne fils, qu'il resta sur sa chaise comme un homme dont l'esprit est égaré. Il regarda fixement avec un sérieux risible le chaudron de cuivre, et chercha, mais sans pouvoir y parvenir, à rassembler ses pensées retardataires et à trouver une réponse. Les assistants, presque aussi troublés que lui, étaient dans un égal embarras. Enfin, avec diverses expressions de condoléance marmottées à demi-voix, et des espèces de conseils, ils se levèrent pour partir, d'autant plus qu'ils avaient une pointe de liqueur.
Seul, notre brave serrurier adressa quelques mots