Barnabé Rudge, Tome II, page 309 by Charles Dickens

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de Joe quelque chose de si franc et de si honnête, que M. Haredale, involontairement, lui mit la main dans la main, quoique leur rencontre ne laissât pas de lui être un peu suspecte. Mais le regard qu'il lança en même temps à Édouard Chester, la discrétion avec laquelle ce jeune gentleman se tenait à l'écart, n'échappèrent pas à Joe, qui se mit à dire hardiment, en jetant aussi un coup d'oeil du côté d'Édouard:

«Les temps sont bien changés, monsieur Haredale, et voilà le moment venu de distinguer nos amis de nos ennemis et de ne pas prendre les uns pour les autres. Permettez-moi de vous dire que, sans ce gentleman, il est bien probable que vous ne seriez plus en vie à cette heure, ou que vous seriez pour le moins grièvement blessé.

-- Que dites-vous là? lui demanda M. Haredale.

-- Je dis premièrement qu'il ne fallait déjà pas être capon pour aller dans la foule, déguisé comme un gueux de leur clique: mais passons là-dessus, j'y songe, puisque je me trouvais dans le même cas; secondement, que c'est une action brave et glorieuse (voilà comme je l'appelle), d'avoir porté à ce gredin-là un coup qui l'a descendu de son cheval, et sous leurs yeux.

-- Quel gredin? sous les yeux de qui?

-- Quel gredin, monsieur! dit Joe. Un gredin qui ne vous veut guère de bien et qui a bien en lui l'étoffe de vingt gredins, ou plutôt de vingt diables. Ce n'est pas d'aujourd'hui que je le connais. S'il avait été une fois dans la maison, il vous aurait bien trouvé, lui, n'importe où. Les autres n'ont pas de rancune particulière contre vous, et, tant qu'ils ne vous verront pas, ils ne songeront qu'à boire à mort. Mais nous perdons là notre temps. Êtes-vous prê

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