Les Trois Mousquetaires, page 479 by Alexandre Dumas
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se de d’Artagnan.
Athos avait une grande influence sur le jeune homme: les conseils de son ami joints aux cris de son propre coeur l’avaient déterminé, maintenant que son orgueil était sauvé et sa vengeance satisfaite, à ne plus revoir Milady. Pour toute réponse il prit donc une plume et écrivit la lettre suivante:
«Ne comptez pas sur moi, madame, pour le prochain rendez-vous: depuis ma convalescence j’ai tant d’occupations de ce genre qu’il m’a fallu y mettre un certain ordre. Quand votre tour viendra, j’aurai l’honneur de vous en faire part.
«Je vous baise les mains.
«Comte de Wardes.»
Du saphir pas un mot: le Gascon voulait-il garder une arme contre Milady? ou bien, soyons franc, ne conservait-il pas ce saphir comme une dernière ressource pour l’équipement?
On aurait tort au reste de juger les actions d’une époque au point de vue d’une autre époque. Ce qui aujourd’hui serait regardé comme une honte pour un galant homme était dans ce temps une chose toute simple et toute naturelle, et les cadets des meilleures familles se faisaient en général entretenir par leurs maîtresses.
D’Artagnan passa sa lettre tout ouverte à Ketty, qui la lut d’abord sans la comprendre et qui faillit devenir folle de joie en la relisant une seconde fois.
Ketty ne pouvait croire à ce bonheur: d’Artagnan fut forcé de lui renouveler de vive voix les assurances que la lettre lui donnait par écrit; et quel que fût, avec le caractère emporté de Milady, le danger que courût la pauvre enfant à remettre ce billet à sa maîtresse, elle n’en revint pas moins place Royale de toute la vitesse de ses jambes.
Le coeur de la meilleure femme est impitoyable pour les douleurs d’une rivale