2
ieux où Phoebus chaque jour
Va faire tout lassé son humide séjour,
Je veux ains que partir dire Adieu à la France
Celle qui m'a produit, et nourri dès l'enfance,
Adieu non pour tousjours, mais bien sous cet espoir
Qu'encores quelque jour je la pourray revoir.
A dieu donc douce mère, à dieu France amiable
A dieu de tous humains le séjour délectable;
A dieu riches palais, à dieu nobles citez
Dont l'aspect a mes yeux mille fois contentéz;
A dieu tours & clochers dont les pointes cornues
Avoisinans les cieux s'élèvent sur les nues:
Adieu prez émaillez d'un million de fleurs
Ravissans mes esprits de leur soüesves odeurs;
Adieu belles forests, à dieu larges campagnes,
A dieu encore à vous sourcilleuses montagnes:
Adieu costaux vineux, & superbes chasteaux;
A dieu honneur des champs; bleds, vins & gras troupeux
Et vous, ô ruisselets, fontaines et rivières,
Qui m'avez délecté en cent mille manières,
Et mille fois charmé au doux gazouillement
De vos brûlantes eaux, à dieu semblablement;
Nous allons sous l'espoir d'une bonne fortune
Combattans la fureur du tempestueux Neptune
Pour parvenir aux lieux où d'une ample moisson
Se présente aux Chrestiens une belle saison.
O combien se prépare & d'honneur & de gloire
Et à jamais sera louable la mémoire.
A ceux-là qui poussez de sainte intention
Auront le bel object de cette ambition
Les peuples à jamais béniront l'entreprise
Des autheurs d'un tel bien: & d'une plume apprise
A graver dans l'airain de l'immortalité
J'en laisserai mémoire à la postérité.
DE MONTS tu es celui de qui le haut courage
A tracé le chemin à un si grand ouvrage;