Aline et Valcour, tome II, page 259 by D.A.F. de Sade
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dre à l'instant; je vous la ferai voir dès qu'elle paraîtra; c'est la première fois que je joue avec elle; je ne l'ai vue qu'un moment ce matin... elle n'est ici que d'hier... nous avons répété les situations; elle est en vérité du dernier intérêt. Une jolie taille, un son de voix flatteur, et je lui crois de l'âme.--Eh vous n'en êtes pas amoureux, dis-je en plaisantant?--Oh bon! me répondit Sainclair, ne savez-vous donc pas que nous sommes comme les confesseurs, nous autres, nous ne chassons jamais sur nos terres; cela nuit au talent; l'illusion est au diable quand on a couché avec une femme, et pour l'adorer sur la scène, ne faut-il pas que cette illusion soit entière. Cette fille est d'ailleurs aussi sage que belle... En vérité, tous nos camarades le disent... Mais tenez, parbleu, la voilà, vos yeux vont vous servir infiniment mieux que mes tableaux... Hein! comment la trouvez-vous?... Ciel! étais-je en état de répondre!... Mes membres frémissent... une angoisse cruelle enchaîne à l'instant tous mes sens, et revenant comme un trait de cette situation, je vole aux genoux de cette fille chérie.... O Léonore! m'écriai-je, et je tombe à ses pieds sans connaissance.
Je ne sais ce que je devins, ce qu'on fit, ce qui se passa; mais je ne repris connaissance que dans les foyers, et quand mes yeux se rouvrirent, je me retrouvai soigné par Sainclair, plusieurs femmes de la comédie, et Léonore à genoux devant moi, une main appuyée sur mon coeur,m'appelant et fondant en larmes... Nos embrassemens... notre délire... nos questions coupées, reprises cent et cent fois, et jamais répondues, l'excès de notre tendresse mutuelle, et du bonheur que nous sentions à nous retrouver enfi