Robur-le-Conquerant , page 139 by Jules Verne
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arrivé au-dessus de la plaine commença à descendre au milieu de quelques vapeurs qui le dérobaient encore aux yeux des Dahomiens.
Ils étaient là soixante mille, au moins, venus de tous les points du royaume, de Widah, de Kerapay, d'Ardrah, de Tombory, des villages les plus éloignés.
Le nouveau roi - un vigoureux gaillard, nommé Bou-Nadi -, âgé de vingt-cinq ans, occupait un tertre ombragé d'un groupe d'arbres à large ramure. Devant lui se pressait sa nouvelle cour, son armée mâle, ses amazones, tout son peuple.
Au pied du tertre, une cinquantaine de musiciens jouaient de leurs instruments barbares, défenses d'éléphants qui rendent un son rauque, tambours tendus d'une peau de biche, calebasses, guitares, clochettes frappées d'une languette de fer, flûtes de bambou dont l'aigre sifflet dominait tout l'ensemble. Puis, à chaque instant, décharges de fusils et de tromblons, décharges des canons dont les affûts tressautaient au risque d'écraser les artilleuses, enfin brouhaha général et clameurs si intenses qu'elles auraient dominé les éclats de la foudre.
Dans un coin de la plaine, sous la garde des soldats, étaient entassés les captifs chargés d'accompagner dans l'autre monde le roi défunt, auquel la mort ne doit rien faire perdre des privilèges de la souveraineté. Aux obsèques de Ghozo, père de Bâhadou, son fils lui en avait envoyé trois mille. Bou-Nadi rie pouvait faire moins pour son prédécesseur. Ne faut-il pas de nombreux messagers pour rassembler non seulement les Esprits, mais tous les hôtes du ciel, conviés à faire cortège au monarque divinisé?
Pendant une heure, il n'y eut que discours, harangues, palabres, coupés de danses exécutées, non